« Watchmen »: gardez-vous d’aller voir les gardiens!

badge des watchmen maculé du sang du Comédien, étrange ressemblance avec l'aiguille d'une montre...
« Watchmen: les gardiens » dernier blockbuster de la Warner Bros est un film de science fiction distribué par la Paramount Pictures. Cette adaptation de comics a tous les atouts pour séduire: un monde en péril, des super-héros pour le sauver, de l’amour, des trahisons, de la violence, du sexe, des effets spéciaux à couper le souffle, de gros succès musicaux en fond sonore, bref un budget semble-t-il illimité pour que le spectateur en ait pour son argent. Pourtant la mayonnaise ne prend pas, elle en devient même indigeste. Décryptage pour éviter l’intoxication visuelle.
Zack Snyder, réalisateur de l’armée des morts et de 300, ose s’attaquer aux mythes des comics en portant à l’écran Watchmen: les gardiens, alors que d’autres avant lui tels que Paul Greengrass et Darren Aronofsky (Requiem for a dream) s’y sont cassés les dents et ont préféré abandonner devant l’ampleur du projet. Il a en main tous les ingrédients de la réussite. La BD a connu un franc succès dès sa sortie fin des années 80 et a reçu de nombreuses récompenses, notamment le prix Hugo et le prix du meilleur album étranger au festival d’Angoulême.
L’histoire et les personnages
L’histoire se déroule dans une réalité alternative. Nous sommes en 1985, le monde est au bord d’une guerre atomique à cause du conflit opposant le bloc de l’Est aux USA. Nixon est toujours au pouvoir, le scandale du Watergate passe à la trappe, et les USA sont même sortis vainqueurs de la guerre du Viêt Nam grâce à l’intervention du Dr Manhattan.
Le Dr Manhattan est un physicien victime d’un accident nucléaire. Après avoir été désintégré, il parvient à la force de son esprit à restructurer sa matière. De ce fait il devient l’égal d’un dieu grâce aux facultés d’omniscience qu’il va développer, ainsi que ses capacités à modeler ou atomiser la matière. Mais il n’est pas le seul super-héros à veiller sur l’Amérique. Un groupe de justiciers se forme, composé notamment du Comédien, brute sans état d’âme, du Hibou I et du Spectre soyeux I; ils ne sont cependant que des humains. Cette première génération de héros sera suivie par une seconde, plus jeune et plus élaborée, équipée de technologie redoutable pour les malfrats. Mais les deux équipes seront mises à pied par le Président Nixon lui-même.
Le film débute par l’assassinat du Comédien. L’un des justiciers mis en retraite anticipée va alors faire son enquête: Rorschach, le héros le plus torturé, complexe et déséquilibré de l’équipe mais également le personnage le plus attachant de l’histoire. Sa caractéristique majeure est de couvrir son visage d’un linge taché d’encre qui prend diverses formes en fonction de ses émotions. Tel le test du même nom, Rorschach, à la méthode de la psychologie projective, va décrire le monde qui l’entoure dans un journal intime, ce qui narrera le film du début à la fin. Convaincu de l’existence d’un complot visant à faire disparaître les watchmen afin qu’ils n’interviennent pas dans le conflit qui se joue sur la scène mondiale, il va mener l’intrigue tambour battant.
En parallèle va se dérouler une histoire d’amour, triangulation frustrée entre le Dr Manhattan, le spectre soyeux II, fille du premier, et le Hibou II. Une femme, deux hommes, le plus classique des drames amoureux se joue au sein de l’équipe des super-héros.
Enfin, Adrian Veidt alias Ozymandias en référence au poème de Shelley, est l’homme le plus intelligent de tous les temps. Ce grand admirateur d’Alexandre le Grand est un héros pacifiste qui a la faculté de bouger à la vitesse de l’éclair. Il aspire à l’utopie sociale, il espère parvenir à faire du monde un idéal pour les hommes grâce aux connaissances de Dr Manhattan.
Notre impression
L’histoire est donc parfaite: mythologie, drame humain, amour, meurtre, trahison, violence, sexe, tout est réuni. Vissé au fond du fauteuil de la salle de cinéma, vous vous apprêtez à savourer 2h43 d’une histoire extraordinaire. Il n’en sera rien. Première des choses, pensez à faire un saut aux toilettes avant le début de la séance car le temps va vous paraître long, très long. Vous aurez le sentiment aucunement affabulé que le générique durera 30min. Le film est ponctué de flash back permettant de saisir le contexte historique mais souvent inutiles pour comprendre l’intrigue. Deuxième chose, laissez votre petit cousin chez sa mère car les scènes auxquelles vous allez assister sont interdites aux moins de douze ans (et c’est bien le minimum!). Le film sera d’une extrême violence: hémoglobine à toutes les sauces. Explosions d’êtres humains, fractures ouvertures, mutilations, meurtres sanglants, j’en passe et des meilleurs, rien ne vous sera épargné. En cas de régime avant l’été cela peut vous motiver pour sauter un repas, sinon détournez les yeux. Troisièmement vous allez être noyés dans les notions philosophiques: relation au temps qui n’est somme toute que relatif, le rapport à la morale, la déité, philosopher sur le bien et le mal, l’avenir de l’humanité, est-ce que Dieu est là pour nous, sommes nous responsables de notre destiné, sommes-nous les pions d’entités supérieures? La masturbation intellectuelle durant 2h43 finit par donner la migraine. Pour ponctuer joliment toutes ces scènes en longueur, le réalisateur nous offre des plans d’une hilarante inutilité: ouverture du plan de l’image sur la raie des fesses du Dr Manhattan en pleine méditation, scène d’amour à rallonge où aucune partie de l’anatomie des acteurs ne sera oubliée, vaisseau spatial aux allures de tête de Wall-E, des costumes ridicules et une pesante volonté de ne rien épargner aux spectateurs dans tout ce que le cinéma offre comme effets spéciaux gore, même les extraits de gros succès musicaux, notamment Simon and Garfunkel, vont entamer lourdement votre capital de tolérance tant Snyder va transformer son film en juke-box.
Le seul personnage qui gagnera toute votre sympathie et canalisera votre intérêt sera donc Rorschach. Il n’estompera malheureusement pas la sensation d’être soumis à un test de psycho-diagnostic, reste à espérer que vous ne deviendrez pas fou au bout de 2h43…






Inutile pour comprendre l’intrigue ? Je ne suis pas sûr qu’on ait vu le même film alors. Juste comme ça, le plan mis en œuvre a juste commencé 20 ans avant la première scène du film.
Dommage également qu’un peu d’effort intellectuel vous foule le cerveau : je préfère ça à un X-Men 3 imbuvable et tourné uniquement sur l’action.
Rarement on a l’occasion d’avoir une adaptation aussi réussie, chargée en détails et en symboliques.
Vous pouvez ne pas aimer mais vos arguments sont tous bidons. Désolé.
PS : et pour info, le film n’a rien inventé. L’œuvre a plus de 23 ans donc je doute que ce soit une repompe de Wall-E côté d esign de vaisseau.
Ravie de constater que les films à gros budget vous satisfassent. Je ne dis pas que le film est un raté intégral, j’essaye simplement d’expliquer que comparé aux comics qui s’étalent sur une infinité de numéros et d’adaptations sur les différents personnages, le réalisateur s’est évertué à restituer en 2h43 l’ensemble des histoires. Le mieux n’est-il pas l’ennemi du bien? Je crois que se focaliser sur un angle aurait largement suffi à mettre en lumière l’aspect symbolique et les reflexions sur la condition humaine. Je qualifierai ce film de « trop », « trop de tout ». Navrée que nos opinions divergent mais je reste déçue car ce comic a un énorme potentiel et l’histoire a été mal exploitée. Ravie cependant que « mes arguments bidons » vous aient fait réagir.