Equipe de France: Les véritables raisons d’un échec

Le bouc émissaire Domenech, loin d'être le seul responsable

Le bouc émissaire Domenech, loin d'être le seul responsable

L’objectif était clairement annoncé: 4 matchs, 4 victoires pour être sûr d’aller au mondial 2010. Pourtant, le constat est cruel, 2 matchs nuls plus tard, contre la Roumanie et la Serbie, l’Équipe de France de football est quasiment condamnée à jouer le toujours très délicat match de barrage pour accéder au mondial 2010. Dans un groupe aussi faible que celui de la France, cette 2eme place fait tâche. Retour sur les véritables raisons d’un échec.

Raymond Domenech au coeur de la polémique

C’est devenu un véritable sport national, tirer à boulet rouge sur le sélectionneur, sans doute ce que préfère faire les médias Français en ce moment. Il est vrai que Raymond Domenech l’a bien cherché. Une communication lamentable, des résultats médiocres, une tête à claque… le sélectionneur collectionne les mauvais points. Mais ce qui lui vaut ce traitement de faveur, c’est sans conteste ses mauvais choix tactique (ou ses absences de choix).

Raymond Domenech a, tour à tour, fragilisé chaque compartiment de jeu de l’Équipe de France. A l’instar du poste de gardien de but, si sensible, où une hiérarchie n’a jamais était établie avec pour résultat la défaillance des deux portiers Olympiens, celui de l’OM Steve Mandanda, et celui de l’OL Hugo Lloris. Pourtant, chacun s’accorde à dire que ces deux jeunes là sont pétris de talent. Mais la concurrence mal établie entre les deux a fait naitre le doute dans leur tête. Les deux gardiens de l’Equipe de France ne sont pas encore totalement « cramés », comme a pu le prouver Steve Mandanda contre la Serbie en sortant un match très bon, mais tant qu’une hiérarchie claire n’aura pas était établie, le titulaire ne pourra pas donner la pleine mesure de son talent.

Et ce problème se pose pour chaque poste. A gauche, on a vu se succéder des pointures: Abidal, Clichy, Evra… sans qu’aucun ne puissent s’imposer durablement. Dans l’axe, c’est la même histoire avec Boumsong, Gallas, Escudé, Abidal, Mexes… Aux avant-postes, si Henry est intouchable, aucune hiérarchie n’est établie entre Benzema et Gignac. Quant à Anelka, il joue à droite, alors qu’il a prouvé maintes et maintes fois son efficacité en tant que numéro 9.

Le système dans lequel évolue l’équipe nationale laisse lui aussi perplexe. Un espèce de 4-3-3 (ou 4-5-1, comme vous préférez) avec deux purs récupérateurs que sont Toulalan et Lass Diarra, pour jouer la gagne, on a connu mieux. D’autant que si le Madrilène prouve de match en match qu’il est indiscutable, les performances du Lyonnais sont bien plus critiquables. Pendant ce temps là, Be.Cheyrou se morfond devant son poste de télé.

Bref, Raymond Domenech a installé une cacophonie qui fait perdre la tête aux joueurs. Pire, Le Parisien révèle, à quelques jours de Serbie – France, un clash entre Henry et Domenech, rapidement étouffé, mais qui en dit long sur l’incompréhension qui règne à Clairefontaine.

Cependant, les médias traditionnels, dans leur guerre contre Domenech, en oublient bien souvent l’essentiel: sur la pelouse, c’est les joueurs qui sont les maîtres.

Des individualités pas au niveau

Il est vrai que l’Equipe de France n’évolue pas dans les meilleures conditions. Mais au vu de la faiblesse des équipes qui composent son groupe, ainsi que de la qualité de son effectif, l’Equipe de France aurait pu, aurait dû prendre plus de points.

Malheureusement, les joueurs sont loin de leur niveau en club. Un Gourcuff qui attrape systématiquement le cadre avec les Girondins se transforme en un Bakayoko un tantinet beau gosse aussitôt la tunique bleue enfilée. Même chose avec Benzema ou encore Gignac, loin d’être des terreurs offensives en sélection.

Et si l’on peut reprocher au sélectionneur des choix plus qu’étranges dans les compositions des équipes, force est de constater que depuis 4 ans, aucun joueur n’a su s’imposer avec autorité. Si la défense centrale change si souvent, c’est aussi parce qu’aucun des joueurs alignés n’a su saisir sa chance. Pareil pour le poste de gardien de but, d’attaquant et, dans une moindre mesure, pour le poste de meneur de jeu.

Mise à part de rares exceptions (Henry qui endosse ENFIN le rôle de leader, Lass qui fait office de révélation…) les joueurs de l’Équipe de France sont nettement en dessous de leurs capacités. Une réalité qu’il ne faut pas oublier, même s’il faut bien le concéder, se défouler sur Domenech est bien plus drôle.

Une génération de perdue

Mais dans le fond, la situation n’a rien d’étonnant. L’Équipe de France a tellement perdu en 2006 qu’il n’y a rien de surprenant à la retrouver dans cet état 3 ans après. Outre une finale de Coupe du Monde, la sélection a surtout vu partir ses derniers piliers de l’ère 98, à  commencer par Zidane. Inutile de préciser l’importance d’une telle perte. On ne remplace pas un Zidane par un coup de baguette magique, et la génération montante, bien que très talentueuse, est encore bien trop jeune et trop tendre pour reprendre durablement le flambeau (Benzema, Nasri, Gourcuff…). Et comme l’Équipe de France a perdu dans la foulée le meilleur gardien de son histoire avec Fabien Barthez, le dernier bastion de la défense imprenable de 98 avec Thuram, un Pat’ Viera toujours en circulation mais sur les rotules, de même pour Trezeguet, un Giuly et un  Pirès bannis pour avoir fricotés avec la belle Estelle, un Wiltord qui était une merveilleuse solution pour un flan droit aujourd’hui totalement dégarni… Malgré tous ces défauts (et ils sont nombreux) la tâche de Domenech était quand même des plus ardue.

D’ailleurs, la France a déjà connu pareille situation, et le moins que l’on puisse dire, c’est que le constat de Domenech est bien meilleur que celui de ses prédécesseurs dans les années 90. Après le départ de la génération Platini, l’Equipe de France a connu une traversée du désert qui l’a privé durant 8 ans de participation à la Coupe du Monde, malgré une équipe au talent certain (Papin, Ginola, Cantonna…).

S’il ne faut pas pour autant donner une médaille à Raymond Domenech, sachons raison garder et admettons que la situation était loin d’être évidente.

Un Footix, deux Footix, trois Footix… Un Stade de France

Dernier élément, et non des moindres, qui explique cet échec: le public de l’Équipe de France.

Pathétique, risible, footix… ce public de l’Équipe de France qui ne sait encourager que lorsque tout va bien, mais qui est incapable de soutenir son équipe dans les moments difficiles. Ce public né en 98, qui ne connaissait pas le football avant cette date, et qui l’oubliera sans doute si l’Équipe de France continue dans ce sens, si fort pour critiquer chaque membre de la sélection au point d’espérer une non qualification pour le mondial en Afrique du Sud… Ce public là n’a rien compris à l’essence du football et, finalement, a l’Équipe de France qu’il mérite. Une équipe à son image, sans saveur, sans folie, sans joie… tout simplement mauvaise!

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2 commentaires

  1. Brillant article qui retrace à mon sens une bonne partie des éléments causant les échecs répétés de l’équipe de France.

    Cependant, et en cela nous divergeons, je ne suis pas d’accord sur l’ensemble du diagnostic des maux de cette équipe. Pour moi, le problème majeur demeure le départ de la construction des occasions : la charnière centrale. Dans le football moderne, on sait que la récupération des deux défenseurs centraux et leur capacité à orienter les premières passes est décisive. Or en équipe de France, jusqu’au match contre la Serbie, nous n’avions pas vu un second défenseur central se distinguer au côté de William Gallas.

    Désormais, c’est une quasi certitude, Eric Abidal sera de la partie malgré, encore, une errance de la paire Gallas-Abidal à l’origine du but concédé par la France à Belgrade. Lors des six ou sept derniers matchs de l’équipe de France, le problème récurent résidait d’ailleurs dans sa charnière. Cette faiblesse obligeait d’ailleurs, à mon sens, Raymond Domenech à conserver des milieux défensifs puisque l’axe n’était absolument pas sécurisé par les deux hommes derrière. On note que la défaite en Autriche était due à une errance coupable de Mexès et que le but encaissé contre la Roumanie l’était par la faute de Julien Escudé…

    Au-delà de ça, je constate en équipe de France une progressive montée en puissance qui n’est pas sans rappeler celle que la France avait connu dans les poules durant la Coupe du Monde en 2006. Certes la France concède deux matchs nuls alors qu’elle aurait dû l’emporter les deux fois mais cependant, on a constaté que l’envie était toujours présente. Mais aussi voire surtout que les erreurs entre deux matchs aussi rapprochés étaient vite corrigées.

    Un ami m’avait expliqué que la raison pour laquelle nous n’avions pas marqué contre la Roumanie tenait au manque de spontanéité des attaquants. Finalement, nous construisions « trop ». Il m’a convaincu clairement car contre la Serbie, les attaques étaient plus simples et plus rapides, passaient par moins de joueurs et de fait menaçaient de faire mouche bien plus souvent (alors que nous étions à dix).

    Je pense que cette équipe de France, si elle n’affronte pas un adversaire trop fort en barrages, peut aller en quarts de finale de la Coupe du Monde au moins, elle a le potentiel. Au passage, n’oublions pas non plus que la France réussit très bien contre les équipes fortes (beaucoup mieux que contre les équipes regroupées à onze derrière), l’Euro 2008 constituant une exception…

    Que dire plus sinon que ta mise en perspective avec l’après génération dorée (comme l’après Platini mais avant même l’après Fontaine) est excellente. Au contraire de ces époques où la France avait connu deux déserts, on constate désormais qu’elle dispose d’un vivier et qu’il lui faut simplement parvenir à créer des schémas tactiques en conformité avec ce que les joueurs proposent comme talents. C’est à mon sens en cours. On note par ailleurs que comme en 2006, la révolte viendra aussi des joueurs, le sélectionneur ne peut pas jouer à la place de l’équipe…

    Et je suis confiant :-) Bravo en tous cas pour cette très belle analyse bien fouillée : -)

  2. Je suis amplement d’accord avec toi, et je ne vois pas bien en quoi nos avis diverges sur la défense centrale, au contraire.
    Je dis bien que si la défense centrale change si souvent, c’est parce qu’aucun est compétant.

    Quant aux deux Mdef, ce qui me dérange, ce n’est pas qu’on joue avec deux Mdef (quoi que contre les Iles Féroés…) mais c’est surtout le choix des hommes. Diarra est indiscutable, mais Toulalan est vraiment limité, notamment dans la construction du jeu. De fait, et pour rejoindre ce que tu disais sur les Def Centraux, si tu as deux Def C qui ne savent pas orienter le jeu + une paire de Mdef où seulement l’un des deux joueurs sait orienter le jeu, tu te retrouves avec une base défensive de 4 joueurs dont 3 ne servent strictement à rien dans la construction du jeu. Donc, à mon sens, un Cheyrou, un Diaby voire un Flamini serait une meilleure solution que Toulalan.

    Pour la ressemblance avec 2006, la grosse différence c’est qu’en 2006, on a su se qualifier. Or, là, on est dores et déjà condamné aux barrages. Donc, oui, l’esprit est proche, mais cette fois-ci, les résultats ne sont pas au RDV.

    Pour la spontanéité, malheureusement, c’est très dur pour Anelka de l’être alors qu’il ne joue pas à son poste. D’ailleurs, contre la Serbie, à 10, il a occupé un poste plus axial, et c’est tout de suite allé mieux. Du coup, tu te retrouves avec seulement 3 joueurs offensifs au lieu des 4 présents qui sont aptes à vraiment jouer de l’avant.
    Pour Henry, aucun souci, pour Gourcuff, même s’il est loin de son rendement avec le FCGB, on va dire que ça va encore, mais pour Gignac et/ou Benzema… Ils se posent beaucoup trop de questions. Et vu que ni Diarra, ni Toulalan sont véritablement capables d’apporter dans les 35 derniers mètres, tu te retrouves amputé de toute spontanéité.

    Pour tout le reste, je suis d’accord, et en poussant un peu, je dirai même qu’on pourrait viser une demi finale… si on se qualifie.

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